Pourquoi parler de « lésion chimique » plutôt que de « brûlure chimique » ?

simulation d'une lésion chimique
©BSPP

Simulation d'une lésion causée par un produit chimique et de son évolution au bout de trois heures.

La différence entre les processus lésionnels des accidents thermiques et chimiques

Bien que le langage courant de nombreux pays utilise le terme de "brûlure" tant pour les accidents thermiques que chimiques, il serait judicieux, comme le font les germanophones, d'adopter des noms différents. Ainsi, en Allemand, "Verätzung" correspond à une lésion chimique, et "Verbrennung" correspond à une lésion thermique.

En effet, les processus lésionnels et la physiopathologie des accidents thermiques et chimiques sont totalement différents. Une distinction s'impose donc.

Nous laisserons le terme "brûlure" à la lésion thermique, mais dorénavant nous parlerons de "lésion chimique" dans les accidents provoqués par des substances irritantes ou corrosives.

Il ne s'agit pas d'un caprice sémantique mais bien d'une prise de conscience de deux phénomènes différents, nécessitant par là même deux prises en charge différentes.

L'amalgame engendré par la dénomination commune "brûlure" a laissé croire trop longtemps que l'eau, parfaite pour un "cooling" de dissipation de chaleur, était une panacée universelle.

Tandis que l'agression thermique correspond à un simple transfert de calories par radiation et conduction, l'agression chimique quant à elle met en œuvre de réelles réactions moléculaires.

Ces réactions diffèrent d'ailleurs selon la nature de la substance ainsi que sa concentration. Les lésions engendrées par un acide sont différentes de celles dues à une base ou encore celles provoquées par un solvant. Pour une brûlure, donc une lésion thermique, il y a seulement proportionnalité entre la profondeur de la lésion et la température ainsi que le temps d'exposition. La nature de la substance chaude n'a d'importance qu'au niveau de la conduction thermique (l'eau bouillante brûle la peau plus vite que l'huile bouillante). Le coefficient d'échange définit d'ailleurs cette vitesse de passage des calories d'un corps chaud vers un autre moins chaud ... ou plus froid ...

Si la lésion thermique est principalement de nature physique, la est par essence réellement chimique.
Et les chirurgiens des centres de brûlés savent combien sont différents les deux types de lésions : la lésion chimique cicatrise plus lentement et plus difficilement. De plus, les greffes "prennent" moins bien sur une lésion chimique.

Enfin, et pour l'anecdote, il est d'usage chez les personnes souffrant d'ulcère à l'estomac ou d'oesophagite de parler de "brûlure gastrique ou oesophagienne" car la sensation douloureuse ressemble à celle d'une flamme qui les envahirait. Pourtant, ces mêmes personnes savent qu'il est inutile de boire de l'eau fraîche pour apaiser leur douleur ... bien au contraire, cette douleur s'amplifierait encore.
Il s'agit bien là du parfait exemple de lésion chimique due à l'acidité et que seul un traitement chimique pharmacologique peut arrêter.

Gardons donc l'eau pour les brûlures et voyons comment éviter des lésions chimiques.

Par le Dr Lucien Bodson,
Anesthésiologiste-Urgentiste
Chef de clinique

Plans d'urgences et coordination CBRN
CHU de Liège, Urgences-smur

Bât. 35 Sart Tilman
4000 Liège 1, Belgium

Dr Lucien Bodson - Anesthésiologiste-Urgentiste - Mise en ligne le 21 janvier 2011