Apport d’expérience de terrain du personnel Infirmier(e) de Santé au Travail

Mon expérience personnelle d’infirmier dans le décryptage d’une Fiche de Données de Sécurité

Décryptage d'une FDS

Objectifs

  • Evaluer l’impact santé possible lors de l’utilisation du produit chimique concerné
  • Donner un avis éclairé sur l’utilisation du produit et la limitation des risques.

En dehors des symboles, des phrases de risque, de sécurité, de danger, des conseils de prudence, il est très utile de tenter de décrypter les informations contenues ou manquantes dans une FDS.

Savoir repérer les composants dangereux

Regarder la rubrique n° 3, passer les composants à la « moulinette », la classification EU (site web de l’ECHA) et d’autres sources telles que les monographies du CIRC (1) via leur numéro CAS (Listes du CIRC remises à jour plusieurs fois par an). En profiter pour mettre dans un tableau tous les composants de chaque produit par n° CAS, ce qui facilitera les recherches en cas d’évolution de la réglementation.

Une stratégie d’entreprise définie auparavant (direction, Hygiène Sécurité Environnement, HSE médical, achats) permettra par exemple de lister tous les CMR par catégories 1a et 1b au 2. En vue d’une démarche de substitution pour tous les produits classifiés toxique ou nocifs qui peut être initiée par l’équipe pluridisciplinaire.

Regarder dans la rubrique n°8 si des VLE ou VME sont indiquées pour les composants (en profiter pour les noter dans un tableau, afin de pouvoir les comparer à d’éventuelles mesures)

Savoir repérer les composants allergisants

Regarder dans la rubrique n° 3, faire des recherches bibliographiques (Agence Européenne des Produits chimiques, ECHA, (2), PROMETRA (3), INRS (4), …)

Regarder dans la rubrique n° 15, à la recherche d’un tableau de Maladie Professionnelle spécifique (5)

Savoir repérer les incohérences : Par exemple :

  • Aucun produit dangereux signalé en rubrique n° 3, et indication de tableaux de maladie professionnelle en rubrique n° 15
  • Aucun composant dangereux signalé en rubrique n° 3 et indication de dégagement de produits dangereux lors de la combustion en rubrique n° 5. La connaissance de la mise en œuvre du produit est ici indispensable (produit chauffé ou non ?)
  • Aucun produit dangereux, et indication du port de gants résistance chimique et masques indiqués dans les rubriques n° 7 et 8.
  • Aucun produit dangereux, et indication élimination des déchets par filière spécialisée dans les rubriques n° 12 et 13.

Ne pas hésiter à contacter le fabriquant pour essayer de résoudre l’incohérence

Tenir compte de l’exposition (prévisible et réelle)

  • Exemple l’alcool éthylique est classé CMR catégorie 1 par ingestion, mais il n’est pas classé par contact cutané, ni par inhalation
  • Un composant classé CMR par inhalation qui se retrouverait dans une forme liquide (mais risque d’évaporation).
  • Un produit stable à température ambiante, qui se dégraderait en cas de chauffage ou d’un oubli.
  • Un travail en vase clos avec impossibilité d’entrer en contact du produit

FDS inexploitable

  • Certaines FDS sont tout simplement inexploitables : « mélanges de composants non classés »
  • Le simple pH n’est parfois pas indiqué, même pour un produit liquide. Tous les produits liquides ne sont pas des acides ou des bases. Or c’est la première question que pose le service des urgences de tout Hôpital, en cas de projection accidentelle dans l’œil.

Le médecin du travail a le pouvoir de demander, sous couvert du secret médical, la formule du produit chimique incriminé. C’est parfois la seule manière d’obtenir des informations.

Conclusion

Avec un peu d’habitude, il est assez aisé de tirer profit des informations contenues dans une FDS. Sans être chimiste, on peut traduire ces informations en évaluation de l’impact santé par rapport au produit utilisé. Cette évaluation ne sera complète que si on lui adjoint une analyse de terrain, c’est-à-dire une étude de poste, des conditions de travail du salarié pouvant être au contact du produit.

Enfin, j’ajouterai que la pertinence de l’évaluation dépend grandement de l’équipe pluridisciplinaire avec laquelle on travaille. Les compétences s’additionnent, n’ayons pas peur de les solliciter.

Jean-Michel HUGUET – Infirmier de Santé au Travail - JANVIER 2016 - mis en ligne le 17-03-2016